Texte rédigé pour le journal de la sensibilité DEMOS pour le 81ème congrès de l’UNEF
Ces quarante dernières années, l’enseignement supérieur français a connu une profonde évolution. Si le pari d’une massification de l’Université semble gagné, celui de sa démocratisation – et de celle des savoirs en général – est aujourd’hui en recherche de solution.
Il semble facile de nos jours d’accéder à l’enseignement supérieur, mais être fils d’ouvrier ou fils de cadre n’est pas synonyme d’égalité devant la réussite universitaire ou le choix des filières (doc. ci dessous, OVE; enquête condition de vie 2006, http://www.ove-national.education.fr). Ce constat nous contraint aujourd’hui à agir en profondeur pour faire des universités non plus un instrument de sélection sociale mais un outil de production et de transmission des savoirs au plus grand nombre. Ce décalage entre massification et démocratisation est essentiellement le fait d’une inertie dans le financement du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Aujourd’hui, l’Etat Français lui consacre à peine 2% de son PIB. Dans ce contexte, se pose la question du financement public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Convaincu de la nécessité d’investir massivement – et en particulier en période de crise – dans ce service public, certains seraient tentés d’inciter les universités à rechercher elles-mêmes des financements auprès des entreprises. Cette ressource, séduisante par son abondance, n’en demeure pas moins une magnifique illusion, tout simplement car le secteur privé a déjà la possibilité d’investir dans la recherche et ne le fait qu’à la marge et sur des thématiques rentables. Non seulement cette politique serait inefficace mais également génératrice d’inégalités : comment aménager équitablement le territoire si les établissements sont en concurrence pour trouver leurs moyens ? Oui, il est normal que le privé participe au service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Oui, il est indispensable de répartir cette ressource pour garantir l’égalité entre un étudiant de Paris, de Rouen ou de Marseille. Mais il existe un moyen très simple pour utiliser au mieux l’argent des entreprises comme financement du service public : l’impôt national. L’impôt permet d’assurer une double équité. Une équité dans les prélèvements, puisque les entreprises versent en fonction de leurs bénéfices, et une équité dans la redistribution, puisque les universités reçoivent en fonction de leurs besoins, pour corriger les inégalités de territoire. C’est pourquoi cet impôt ne peut être local mais national, sous la gestion exclusive de l’Etat.
Cependant, le renfort des financements de l’Etat s’avère insuffisant actuellement. Si l’enseignement supérieur et la recherche demeurent et doivent rester une compétence de ce dernier, il est important que les collectivités locales s’engagent davantage dans l’accompagnement du service public de l’enseignement supérieur, sans avoir à peser en retour sur la politique de l’Université (autrement que par la participation des personnalités extérieures dans le Conseil d’Administration). Il est au moins trois secteurs essentiels dans lesquelles les Universités ont besoin d’un accompagnement des collectivités territoriales : infrastructures, sport et culture. En mettant en cohérence les CQD des établissements et les CPER des Régions, celles-ci peuvent investir dans la restructuration des campus, la rénovation des bibliothèques universitaires et la création de lieux de vies étudiants. Dans les domaines du sport et de la culture, les étudiants sont souvent les grands exclus des politiques locales. Ils demeurent des citoyens fragilisés car sans ressources malgré un besoin d’accès aux loisirs pour leur épanouissement et leur réussite universitaire. Infrastructures, sport et culture, mais on pourrait également aborder le transport et la mobilité, le logement et l’action sociale. Ces domaines sont des compétences des collectivités locales et les politiques engagées doivent permettre de favoriser l’égalité et la réussite des étudiants et plus largement dans l’intérêt de l’ensemble des résidants en France. La démocratisation des savoirs est à portée de main : quelques graines de courage politique, un engagement des collectivités locales et un impôt national pour corriger les inégalités de territoire sont les bases solides d’un projet pour notre enseignement supérieur.


Image : http://unef-congres2009.fr/








