blog de Loïc Lucas

Espace d’échange et de réflexion

Articles reli´s: «:CERI»

Science et politique

Posté par Loïc Lucas le Mardi 3 juin 2008

loic.lucas76@gmail.comA l’heure des débats sur l’avenir de la recherche en France et en Europe, je publie le compte rendu d’un des ateliers des rencontres CNRS-Jeunes d’octobre dernier. Ca date un peu mais ce résumé montre combien les inquiétudes du milieux scientifique sont nombreuses, qu’elles ne datent pas d’hier, et que les réponses ne sont pas souvent au rendez-vous. Je précise qu’il s’agit bien d’un compte rendu de réfléxions, avec lesquelles je ne suis pas nécessairement en accord. En particulier sur la relation entre scientifiques et politiques. Car s’il est vrai que le scientifique doit rendre des comptes à la collectivité, comme tout acteur utilisant des fonds publics, il n’en demeure pas moins que le CNRS doit conserver une indépendance dans sa politique de recherche. Les financements de projets peuvent ensuite se faire, à l’échelle Européenne dans la cadre d’une Communauté Européenne de la Recherche et de l’innovation, en complément des fonds de fonctionnement qui doivent être pérénisés.

Science et politique : quels décideurs pour une politique scientifique

Responsable : Philippe Garrigues, Directeur de Recherche, CNRS

Intervenants : Sonia Escaich, Directrice Scientifique, Mutabilis SA

Bernard Meunier, ancien Président du CNRS

Henri Audier, Directeur de Recherche émérite

L’atelier « science et politique » s’est révélé différent des autres de par la nature des personnes présentes : une plus forte proportion de chercheurs, de personnes issues du milieu associatif et de jeunes déjà sensibilisés à ces problématiques.

Une première série de réflexions s’est cristallisée autour de la place du chercheur dans la société. Le chercheur, dans son métier, est amené à communiquer sur ses découvertes. Son interlocuteur extérieur principal est alors le politique, puisque c’est à lui de fixer les orientations et les budgets de la recherche. Le scientifique peut jouer un rôle de conseiller auprès du politique, via le Conseil Supérieur dela Recherche et de la Technologie, ou via divers organismes (AFSSA, AFSSET). Cependant, les interlocuteurs ont remarqué que les élus dédiaient peu de temps aux politiques de recherche : « ils consacrent 150 fois plus de temps à débattre sur la chasse que sur la recherche » fait remarquer un intervenant.

Dans une démocratie, c’est le citoyen, par son vote, qui est le premier acteur politique. Ainsi, le chercheur se doit d’interagir avec l’ensemble de la population. Les médias sont à première vue le meilleur outil de communication scientifique, mais on leur reproche souvent de privilégier le « scoop » au détriment de la diffusion du savoir scientifique. Il existe d’autres vecteurs de communication, par exemple les collaborations avec le tissu associatif. Bien que des manifestations comme les rencontres Jeunes-CNRS, la Fête de la Science ou La Nuit des Chercheurs témoignent d’une coopération naissante, celle-ci mérite d’être davantage développée.

Le citoyen veut aujourd’hui s’investir dans les débats sur la recherche et exercer son droit de regard. Pour cela il doit être en mesure de faire ses choix en toute connaissance de cause. C’est pourquoi la société a le devoir de permettre à tous d’accéder aux connaissances scientifiques. Les élu(e)s, au même titre que les autres citoyens, de par la responsabilité qui leur est confiée, doivent être formés aux problématiques scientifiques présentes et à venir (biotechnologies, énergie et environnement, nanotechnologies, …). Dans l’histoire des relations entre scientifiques et politiques, le dialogue n’a pas toujours montré son efficacité. Dans l’exemple de l’amiante, les conclusions scientifiques ont précédé de 80 ans les actions politiques. On peut aussi mentionner l’accident de Tchernobyl où les scientifiques consultés ont été invités à adapter leurs conclusions pour la presse.

On a ensuite abordé les difficultés rencontrées autour du binôme science-politique. Le premier obstacle pour un chercheur désireux de partager son savoir, de s’engager politiquement ou d’enseigner est que ces activités ne sont pas prises en compte dans l’évolution de sa carrière. Elles sont même parfois mal vues au sein de la communauté scientifique : « Ils sont perçus comme des exclus de la société à laquelle ils adhèrent » intervient quelqu’un, « Vue d’un labo, la politique c’est un peu sale » répond un autre.

Par ailleurs, la multiplication des structures de financement et leur mode de fonctionnement a fait débat : flou sur les politiques de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), du CNRS, du Conseil Européen de la Recherche, … Enfin, les participants ont soulevé les problèmes du manque de moyens dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, du statut des doctorants, du nombre insuffisant d’allocations de recherche et de postes. La discussion s’est poursuivie sur les difficultés des doctorant à s’intégrer dans le circuit économique français, reflétant le hiatus entre écoles d’ingénieurs et Universités.

L’interaction entre le chercheur et le citoyen est à la base d’une politique scientifique. Cet atelier en est d’ailleurs l’illustration : les jeunes n’ont pas hésité à soulever des vérités qui dérangent et à prendre à parti les intervenants. La richesse du débat était telle que nous n’avons pu conclure dans le temps imparti et nombreux d’entre nous ont poursuivi leur discussions dans couloirs, à tables ou entre deux slows..

17e Rencontres CNRS Jeunes
Sciences & Citoyens
26, 27 et 28 octobre 2007
Palais des Congrès du Futuroscope de Poitiers

Rapporteurs : Julie Dirwimmer, Matthieu Monier, Loïc Lucas

 

http://www2.cnrs.fr/jeunes/599.htm

 

 

Publié dans Fait de société, Politique, Recherche | Taggé: , , , | Laisser un commentaire »

Pour une recherche publique européenne : construisons la CERI

Posté par Loïc Lucas le Jeudi 8 mai 2008

www.laurent-fabius.netLa recherche est la clef de l’innovation, tant technologique que culturelle et sociale, et cette même innovation est notre garantie pour une croissance forte, une économie sereine et un peuple épanoui. Aujourd’hui, en France et en Europe, nous sommes face à deux problématiques inquiétantes : la recherche publique est insuffisamment accompagnée, voir même menacée dans notre pays et aucune politique commune de recherche et d’innovation n’est à l’œuvre dans Union Européenne. Nous avons construit une Europe économique. Il est grand tant de passer à une Europe politique et à une Europe sociale. Mais pour se donner la garantie d’une économie solide et de progrès ambitieux, nous devons en premier lieu construire l’Europe de la recherche.

En France, la recherche manque de moyens financiers, humains et infrastucturaux. N’est-il pas étonnant d’entendre des responsables se plaindre d’un manque d’étudiants, des étudiants d’un manque de perspectives et des étrangers de manques de visas et de titres de séjour. Il est absolument urgent de soutenir notre recherche, en donnant au CNRS les moyens et l’autonomie nécessaires à la conduite d’une politique de recherche cohérente à l’échelle nationale. Une politique de recherche ambitieuse doit aussi s’appuyer sur nos universités et écoles, dont les potentiels sont rarement mis en valeur. Un pays a besoin de chercheurs, et nos chercheurs ont besoin d’un service public d’enseignement supérieur ambitieux et de qualité.

Mais cela ne suffit pas. Nos têtes pensantes passent aujourd’hui davantage de temps à rechercher des crédits qu’à résoudre des problèmes… Et les équipes sont en concurrence au sein de l’Union Européenne, et parfois même au sein d’un pays! Je ne dis pas que chaque Etat membre doive se spécialiser dans un domaine, j’estime simplement que lorsque la concurrence entre personnels vient parasiter la qualité du travail et la santé de ces mêmes personnels, alors elle n’est pas justifiée. Nous devons aujourd’hui rendre une certaine cohérence aux financements sur projet, faire coopérer des équipes de plusieurs états, en soutenant en amont l’apprentissage des langues, en versant des aides à la mobilité et en créant un espace de ressource documentaire communautaire…

Voici quelques idées personnelles qui m’amènent et m’amèneront à défendre le projet initié par Laurent Fabius, la construction d’une Communauté Européenne de la Recherche et de l’innovation. Je ferai remarquer aux sceptiques que c’est aujourd’hui le seul responsable de gauche qui s’intéresse à la recherche, que ça ne date pas d’hier et que ça n’est donc pas de l’opportunisme et qu’il est temps de se bouger pour défendre notre recherche publique.

Image issue du site de Laurent Fabius,

vous trouverez l’intégralité de sa proposition à cette adresse : http://www.laurent-fabius.net/article1002.html

Vous trouverez ici la note détaillée du 23 novembre 2007 détaillant le projet téléchargeable sur le lien ci dessus ceri_detail_23_nov_2007

Publié dans Politique, Université | Taggé: , , , , , , | Laisser un commentaire »